Interview avec Minkaël Sampou Football guinéen: « Il faut reconnaître qu’aujourd’hui notre football est pitoyable parce que l’État ne l’accompagne pas et il n’y a pas de sponsors qui l’accompagnent aussi », dixit Minkaël Sampou à la Lance.

La semaine surpassée, nous nous sommes entretenus à bâtons rompus  avec le docteur Minkaël  Sampou président du Wakiriya AC de Boké, club de Ligue guinéenne de football professionnel.  Nous avons évoqué son arrivée à la tête du club de Boké, ses projets et ambitions futures notamment en coupes africaines , mais aussi du football guinéen.  Interview…

Lance: Qu’est-ce qui vous a poussé concrètement à venir dans le football et à prendre ce club de Boké? 
Minkaël Sampou:  Bon, vous posez une question que j’avais déjà répondu depuis qu’on est venu dans l’élite du football guinéen,  depuis la Ligue 2 d’ailleurs. A moins qu’on ne se trompe pas,  le football si ce n’est pas le sport le plus pratiqué en Guinée, reste quand-même le sport roi dans le monde. Donc, c’est ce qui fait que depuis tout jeune étant passionné de cette discipline comme l’ensemble des membres de ma famille dont notamment  le papa qui a été un grand supporter du COK (Club Olympique de Kakandé) de Boké et du Syli national.  Donc , quand on grandit dans un tel environnement c’est facile de basculer dans le sport aimé par les membres de sa famille.  Sinon,  moi et mes frères en n’ont pratiqué en bas de l’échelle. Il fut un moment où ça fait 10 ou 15 ans qu’il n’y avait pas de clubs représentatifs à Boké dans l’élite du football guinéen. Parce que le COK était déjà en national.  Eu égard à tout cela, il fallait que je m’intéresse au football .  Déjà, par le passé même, en étant étudiant  j’assistais un petit club dans le quartier en matériels et en équipements.  Le club s’appelait FC Yomboya. Donc, c’est à partir de là qu’on s’est dit pourquoi pas créer un club en mettant des structures. Voilà, comment je me suis retrouvé dans le football.
Quelle ascension fulgurante.  De la division nationale en passant par la Ligue 2, vous vous êtes retrouvé en Ligue 1. Dites-nous quel a été le secret pour en arriver là? 
Bon, je peux dire que premièrement c’est la chance. Deuxièmement c’est l’organisation mise en place.  Je vous avais dit que je suis pharmacien,  j’évolue dans un domaine très miticulé où il faut tenir compte de tous les paramètres pour ne passer à côté.  Parallèlement à ça, je suis manager dans un domaine précis qu’on appelle la visite médicale notamment la représentation, la promotion médicale des produits dans le domaine pharmaceutique.  C’est cette compétence et expertise que j’ai essayé de transposer dans le football en mettant une structure, en essayant de cocher là où la présence est nécessaire et de l’autre côté,  en essayant de m’entourer avec des personnes avec lesquelles je pouvais me comprendre.  C’est ce qui a permis à Wakiriya d’être là où il est aujourd’hui.
Après 4  ou 5 ans de gestion, êtes-vous satisfait du bilan de votre équipe? 
Quand on veut évoluer,  on est jamais satisfait.  Certes,  depuis qu’on a quitté  la division nationale pour la Ligue 1, on est toujours dans le top 5. Comment pourrais-je te dire qu’on est satisfait alors qu’on n’a jamais été champion de Guinée? Comment pourrais-je te dire qu’on est satisfait alors qu’on n’a jamais pris une coupe nationale?  Comment pourrais-je te dire qu’on est satisfait alors qu’on n’a jamais participé une compétition africaine jusque dans les phases de poules.  Globalement, le bilan est positif. Donc, c’est tout cela qui nous oblige à nous parfaire. Comme vous le savez,  il est facile d’atteindre le sommet, mais s’y maintenir est difficile. C’est pourquoi à chaque fois on se bat pour rester vaille que vaille dans le top 5, chaque saison. Le reste, ça viendra.
Vous évoluez toujours en très grande majorité avec des jeunes guinéens contrairement aux autres grands clubs du pays auxquels il y’a des expatriés et des vieux briscards…
Comme je vous avais dit,  chez nous l’organisation est importante.  Il y’a l’équipe professionnelle et  l’équipe réserve. Cette dernière joue au minimum entre 15 à 20 matches par saison. Le football c’est le sport roi.  Le jeune guinéen, il est naturellement talentueux. Si vous le mettez dans une structure et dans une bonne organisation, il va exceler. Les cas de Titi Camara, Salam Sow, Pascal Feindouno, Ibrahima Yattara, Naby Keita et François Kamano en sont des exemples.  C’est dire que tous ces gens ont appris le football dans la rue. Donc, nous, notre politique c’est de valoriser les talents nationaux.  Puis que nous n’avons de moyens comme les grands.  C’est pourquoi on est fier avec les jeunes guinéens qui sont avec nous.  On puise toujours dans l’équipe réserve.
Le monde est frappé par le Coronavirus qui a endeuillé des familles et a mis à l’arrêt toutes les activités y compris le football.  Un mot par rapport à cet état de fait…
C’est avec tristesse que nous suivions ce qui se passe.  Cette pandémie touche tout le monde.  Ça n’a pas de couleurs,  ni d’ethnies et de régions.  Donc, forcément ça paralyse toutes les activités qu’elles soient sportives ou économiques.  Comme le sport va avec les moyens,  nous pouvons dire que le football est aussi paralysé par cette maladie qui nécessite une distanciation sociale.  Même si les pays n’ont pas le même climat , il y’a une lueur d’espoir.  Cette pandémie est arrivée au moment où on était dans une dynamique de démarrage des phases retour qui sont plus déterminantes.
Malheureusement, comme vous l’avez dit ce Coronavirus a tout anéantit. La Féguifoot et la Ligue ont également décidé d’arrêter le championnat et ont choisi les représentants nationaux en coupes africaines en se basant sur les 13 premières journées. Votre équipe en fait partie à nouveau . Qu’est-ce que cela vous fait?
Personnellement c’est un sentiment de satisfaction et de fierté à l’endroit de mes  jeunes joueurs. C’est une lourde charge qui défile dans nos esprits.  Parce qu’on  doit aller représenter dignement  notre pays sur l’échiquier continental.  Et, comme c’est la 2è fois,  il faut qu’on fasse mieux que lors de notre première participation où on n’avait pas d’expérience. Donc, cette nouvelle participation est supposée pour nous comme celle déterminante.  Nous pensons que nous pouvons mieux faire cette fois-ci.
Jouer des matches en campagnes africaines nécessitent forcément de gros moyens.Est-ce que vous avez les moyens de votre politique? 
Dans ce domaine, je dirai non. Nous n’avons pas les moyens car il y’a beaucoup de choses à faire.  Mais, il n’y a qu’en Guinée j’entends ça. Que pour jouer en coupes africaines il faut de gros moyens. Tel n’est le cas chez les autres où ça défile au niveau de la tête. Je prends l’exemple sur la Côte d’Ivoire où avant c’étaient l’ASEC  Mimosas et l’Africa Sport qui rafflaient tout, mais aujourd’hui ce n’est pas  ça.  C’est pour vous dire que tout  n’est pas lié aux gros moyens.  Je pense qu’il faut tenir compte du critère sportif et de l’accompagnement de l’État comme chez les autres.  Certes, dans le football il faut avoir un minimum de moyens.  Même si ce n’est pas cela qui détermine la participation d’une équipe en compétitions africaines. Nous,  nous pensons qu’avec nos maigres moyens,  nous allons mieux faire que l’année dernière.
Est-ce que sans accompagnement de l’État tout cela reste possible.  Parce que l’État aurait décidé de ne plus accompagner ses représentants en compétitions interclubs...
Non, ce sont des rumeurs.  En tout cas,  à ma connaissance,  j’ai fouillé,  il n’y a aucun écrit de la part de l’État dans ce sens.  Ça m’étonnerait que l’État renonce à faire ce qu’ il faisait avant pour les clubs dont notamment dans l’achat des billets et l’octroi des primes,
le reste revient aux clubs. Je ne comprendrai pas qu’on me dise que l’État est en difficultés. Autant qu’il est en difficultés autant les clubs le sont aussi.  J’ose croire que ce sont des rumeurs et que l’État n’ira pas jusqu’à ce stade.
Dites-nous de quoi peut-on s’attendre de votre club dans les prochaines années? 
Comme je vous avait dit, la première des choses  c’est la participation en coupes continentales.  Deuxièmement,  faire mieux que notre première participation . Ça c’est notre objectif.  Après,  c’est de bâtir une académie de football dans notre région,  rechercher des partenaires,  chercher des sponsors pour la réalisation de ce projet qui dans le futur pourra servir toute la nation guinéenne.  Et comme vous l’avez dit, la meilleure façon pour un club de rentabiliser c’est d’avoir sa propre académie.
Comment vous voyez aujourd’hui  le football guinéen? 
En tant qu’acteur,  à regarder le football guinéen,  on se dit qu’on peut mieux faire  car comme je vous avait dit le joueur guinéen est talentueux et il n’a besoin que d’être dans une structure.  Nous pensons faire des différentes  propositions pour permettre à notre football d’avancer.  Il faut reconnaître qu’aujourd’hui notre football  est  pitoyable parce que l’État ne l’accompagne  pas et il n’y a pas de sponsors qui l’accompagnent aussi. Or, sans sponsors ça serait très difficile pour lui d’aller de l’avant.  Et si l’État mettait en place une bonne politique pour nous permettre de nous en sortir…
Source: La Lance 
Nfamara Bangoura

Nfamara Bangoura

Mr Bangoura Nfamara est journaliste sportif et Rédacteur en Chef du site Stade28.com. La Rédaction :+224622376060

Laissez un Commentaire

Laissez un Commentaire (0)

Leave a Response

Laissez un Commentaire (0)

Specify a Disqus shortname at Social Comments options page in admin panel